lundi 5 juin 2017

Russe (la tension des aimants) : dernier volet

Manuscrit du début de la 7e symphonie
"Leningrad", Ms, RUS-Mcm

Passer de la 7e sonate de Prokofiev écrite en 1942 à la 7e symphonie de Chostakovitch créée la même année, c'est ce que propose Claudio Chiacchiari entre l'atelier consacré à Prokofiev et le dernier volet de ses ateliers russes. Sans doute que l'analyse s'arrêtera longuement sur le premier mouvement et le thème dit de "l'invasion".

Si la 7e symphonie de Chostokovitch est l'oeuvre la plus connue du compositeur russe, sa renommée mondiale est liée aux différents concerts dirigés par Toscanini et l'Orchestre symphonique de la NBC en 1942. A Paris, le musicologue et critique Antoine Goléa découvrit cette symphonie en 1945. Voici ses mots, tirés de la Revue Esprit, no 111 :
Mais impossible de résister au souffle qui anime, sans défaillance presque l'oeuvre entière. A peine, dans le troisième mouvement, peut-on trouver quelques longueurs. L'ensemble, on l'aurait écouté volontiers une deuxième fois, tout de suite après l'indescriptible triomphe qui accueillit Münch et son orchestre.
Mais bien plus célèbre encore, car elle a fait partie de l'Histoire avec un grand H. Peu d'œuvres musicales peuvent ainsi s'identifier à un événement historique. Créée pendant le siège de Leningrad, elle fut un acte de résistance à l'occupation allemande. Les quatre mouvements avaient initialement été pensés ainsi: La guerre, Souvenirs, Les grands espaces de ma patrie, La victoire. De plus, la dédicace, selon les Mémoires du compositeur s'adresse aussi aux purges du régime stalinien qui ont précédé la guerre. Plus proche de nous, seule peut-être La muette de Portici d'Auber pourrait avoir ce poids historique, puisque c'est lors d'une représentation au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles en août 1830 que les bourgeois se soulevèrent et participèrent aux mouvements qui donneront lieu à la création de la Belgique.

La symphonie de Leningrad, le siège de la ville reste un sujet qui ne cesse d'alimenter l'imagination des romanciers. Le roman signé Sarah Quigley est un exemple parmi d'autres:
Chostakovitch contempla une longue rayure sur le plateau de la table où il était aussi. "Je n'arrive pas à croire que j'aie été refoulé. De quel droit ?
 Peut-être ne tiennent-ils pas à voir l'un des beaux fleurons de la Russie réduit en miettes ? suggéra Sollertinski.
Le compositeur ôta ses lunettes et fixa la une de la Pravda qu'avait apportée son ami. Les caractères se brouillaient et glissaient au bord de la cornée. "Juste à cause de ma vision" maugréa-t-il. Pl...év...
C'était comme vouloir attraper des ronds de fumée. Dès qu'il rechaussa ses lunettes sur son nez, les lettres s'alignèrent en rangées bien nettes et lisibles. Plan d'évacuation des enfants et des personnes âgées de Leningrad.
 Il repoussa le journal.
"Maintenant que la moitié de la ville est partie, l'autre moitié devra se battre. Je vais réessayer de m'engager. Ils n'auront quand même pas le front de me refuser une seconde fois.
 Ce que tu peux être bête ! Tu te vois te balader avec un fusil ? Tu serais incapable de tirer sur un omnibus à trois mètres de distance, à plus forte raison sur un Allemand. Laisse donc les citoyens mobilisés faire leur boulot pendant que nous ferons le nôtre. Les intellectuels peuvent accomplir quantité de choses en situation de conflit, conclut-il en avalant une grand lampée de cognac.
[Eté 1941, pp 156-157] 

Enfin, quelques émissions sur France Musique ont été consacrées à Dmitri Chostakovitch à Léningrad en 1942, l'occasion d'en savoir plus si vous ratez l'atelier du 10 juin - seules des places l'après-midi sont encore disponibles, l'atelier du matin étant déjà complet.



Chostakovitch en costume de pompier en 1942
lors de la création de la symphonie à Leningrad

Disponibilité
Disponibilité (enregistrement via Naxos)
Disponibilité (roman)

Muriel

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire