lundi 14 décembre 2015

The Wire: la musique comme une aventure

«Adventures in Sound and Music»: telle est la devise du magazine britannique The Wire qui, depuis plus de trente ans, couvre en toute indépendance l'actualité des musiques d'avant-garde.

Rock oblique, jazz libre, électronique, hip hop, musique contemporaine, musiques traditionnelles revisitées, «noise», art sonore: toutes les approches pointues et affranchies des formats pop balisés ont droit de cité, sans restriction géographique ni stylistique.

Preuve de leur ouverture d'esprit, un vieux numéro (No 88, juin 1991)
avec Jacko en couverture, titré "Michael Jackson pour les adultes"

Portraits fouillés, interviews longues et parfois exclusives comme celle de Jandek - Sterling Smith, musicien secret s'il en est - chroniques d'albums, de festivals, concerts, films, DVD, livres et expos, blind-test avec un artiste («The Invisble Juke-Box»), comic-strip, colonnes confiées à des invités: The Wire brosse un large panorama de la création contemporaine. Au début de chaque année, un numéro spécial intitulé Rewind propose une rétrospective complète de l'année écoulée, avec un best-of des sorties musicales, des analyses et commentaires.

Le magazine se situe au carrefour d'un véritable réseau d'activistes underground, ouvrant chaque mois ses colonnes aux playlists de bloggeurs, DJ, disquaires indépendants, labels, programmateurs de salles et musiciens du monde entier. La revue incarne à la perfection une ouverture d'esprit qui s'étend par-delà les chapelles: la musique soufi y a autant d'importance que John Cage ou le metal abstrait de SunnO))). The Wire tire un trait d'union précieux entre l'histoire du jazz ou de la musique électroacoustique et le futur de la techno, du hip hop ou de la pop music aventureuse. En outre, l'iconographie soignée et l'épure de la mise en page en font un objet d'art à part entière. The Wire est livré depuis 1997 avec une anthologie en CD des nouveautés musicales d'avant-garde (The Wire Tapper). De quoi joindre le son au texte et matérialiser les fantasmes nés de la lecture...

Au fil des numéros, ce sont aussi bien des figures comme Robert Wyatt, Mauricio Kagel, Kraftwerk, Magma, Robert Fripp, Jandek, Evan Parker, Zeena Parkins & Ikue Mori qui ont fait la couverture du magazine, que des émergences comme Dean Blunt, Laurel Halo, Matana Roberts, Joanna Newsom, Actress ou Ben Frost.

La dernière livraison en date, celle de décembre 2015, porte le numéro 382 et met en vedette Annette Peacock, compositrice, arrangeuse, chanteuse et pionnière du synthétiseur au début des années 1970. Compagne du pianiste Paul Bley, elle s'est illustrée dans un style musical entre jazz, chanson pop et musique expérimentale. Auteure d'un album solo devenu culte, I'm The One (1972), elle est toujours active et compte parmi ses admirateurs des artistes comme David Bowie, Brian Eno, Morcheeba ou Pat Metheny, qui ont repris ses chansons.


Incontestablement, The Wire est la revue qui fait autorité auprès d'un public curieux et exigeant ainsi que chez les programmateurs de salles et de festivals. Prescripteur, The Wire a souvent un temps d'avance et sait tendre l'oreille en direction des nouvelles tendances à la pointe (electronica, dubstep, black metal, drone, free-folk, etc.). Parmi les contributeurs réguliers de la revue, de nombreuses signatures respectées comme celles de Joseph Stannard, Simon Reynold, David Toop, Kodwo Eshun, Ian Penman, Mark Sinker.

The Wire a édité plusieurs ouvrages et son site web propose, outre de nombreux contenus rédactionnels, une librairie ouverte à des éditeurs de premier plan comme MIT Press, Norient, Duke University Press, Faber & Faber, etc.

On cherchera en vain un équivalent à The Wire dans la sphère éditoriale. Et comme vous aurez peu de chances de le trouver chez votre marchand de journaux, on ne saurait trop vous recommander de venir le consulter ou l'emprunter à la Bibliothèque musicale. Peut-être y trouverez-vous matière à de nouvelles sensations auditives...


Béné & Rod

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