mardi 2 juillet 2013

Achille Scotti, un pianiste hors du commun


Achille le non-voyant
Parmi les musiciens du Groupe Instrumental Romand, un musicien atypique : Achille Scotti, pianiste et organiste, aveugle dès l’âge de un an.

Achille Scotti n’a jamais voulu de canne blanche. Il voulait vivre comme tout le monde, se contentant du bras de sa femme, d’un de ses enfants ou d’un ami pour traverser la rue. Dès son enfance il repousse les limites que lui impose son handicap en faisant du vélo, du tir, en grimpant aux arbres… Il a même conduit une voiture qui a fini sa course contre un arbre !

Un homme cultivé au caractère fort doté d’un grand sens de l’humour qui faisait de lui un personnage haut en couleur. Une grande maîtrise de son art malgré sa cécité rendait l’homme particulièrement impressionnant.



Achille le musicien
Né en 1925 sur les bords du lac de Côme, Achille Scotti fait ses études musicales au Conservatoire de Milan où il obtient une virtuosité de piano et d’orgue.

Il débute sa carrière en 1945 en jouant dans de nombreux établissements d’abord en Italie puis, dès 1946, en Suisse en duo de pianos. Il est appelé à collaborer de plus en plus souvent avec la Radio Suisse Romande, notamment pour l’émission "Lundi soir" dans laquelle il joue la chanson demandée par les auditeurs en l’arrangeant instantanément à la façon de Chopin, Bach, Eroll Garner, etc.

En 1950, il est engagé comme pianiste et arrangeur par le Service de la musique légère de Radio-Genève et joue dans le GIR dès sa création. Il a également collaboré avec la Radio Télévision Italienne.

Sa présence quasi permanente dans les nombreuses productions radiophoniques durant les années 50-60 le font connaître de chaque famille écoutant le poste de radio en Suisse romande.

En parallèle de son activité au GIR, Achille Scotti continue à exercer son métier de musicien en se produisant en trio jazz pour des mariages et des soirées privées les fins de semaine.

Il participe comme soliste à de multiples concerts et galas en Allemagne ainsi qu’au Danemark. En tant que "pianiste en titre" de la Radio Télévision Suisse Romande il accompagne les nombreuses vedettes de la chanson qui passent dans les studios (Gilbert Bécaud, Joséphine Baker, Catherine Sauvage, Esther Ofarim, Marcel Amont, etc.).

En 1964, il obtient le 1er prix de musique légère pour son œuvre "En passant" décerné par la Communauté radiophonique des programmes de langue française. Dans le cadre des concours de l'Union Européenne de Radiodiffusion, il remporte, en 1981, le 1er prix à Oslo dans la catégorie œuvres nouvelles pour harmonies et fanfares avec "En avant Boum-Boum" puis, en 1985, le 1er prix à Manchester dans la catégorie œuvres libres avec "Taratata".

La légende raconte que, repéré dans les studios de la RAI à Rome, Scotti est engagé par un agent américain pour écrire les arrangements musicaux du prochain disque de Frank Sinatra. Il reste surtout de lui un disque remarquable, dans le grand art du trio jazz, "Somebody loves me" sorti en 1958 aux Etats-Unis chez RCA.

Dans les dernières années de sa vie, Achille Scotti enregistre un disque de duos de pianos ("Alternance") avec Moncef Genoud, également pianiste aveugle qui fut son élève, ainsi qu'un disque d’orgue avec le flûtiste Ilan Horowitz ("Symbiosis").

Achille Scotti décède en avril 1988 à l’âge de 63 ans des suites d’une maladie.

Partitions en braille
Qui dit musicien atypique, dit partition inhabituelle. La très grande majorité des matériels d’orchestre du GIR que possède la Bibliothèque musicale contient un document en braille : la partition d’Achille Scotti, toujours accompagnée de son équivalent en "noir".

Speak softly love (le Parrain) / Nino Rota, arr. Stuff Combe : en braille et en noir



Le braille musical utilisé par Scotti est une version simplifiée de la notation "académique" : c’est souvent le nom des accords qui est écrit, avec des indications abrégées pour les reprises. Lorsqu’il y a une mélodie, il suit la notation conventionnelle.

Afin d’écrire ces partitions, son épouse Mylise lui dicte la musique et lui la retranscrit avec une machine en braille. A l’inverse, lorsqu’il compose ou arrange de la musique, il dicte la partition à sa femme. Une réelle collaboration à quatre mains !

Ses connaissances de l’écriture musicale du monde des voyants étaient surprenantes ; il pouvait par exemple, sur simple écoute, dicter la partition de tel ou tel instrument d’un orchestre symphonique instantanément : "Tu écris pour le 2ème violon, clé de sol, un do, 3ème interligne… alors que le violoncelle est en clé d’ut…".

Pour déchiffrer la musique, Achille lit avec la main droite, joue avec la main gauche puis mémorise la partition. Ce qui lui permet de retenir la partition, hormis sa grande mémoire, c’est son analyse musicale.

Des partitions d'Achille Scotti sont exposées à la Bibliothèque musicale dans le cadre de l'exposition "Mémoire de Radio-Genève : la musique légère sur les ondes". La musicographie braille y est expliquée.

Fabienne

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