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lundi 12 août 2013

La boîte à joujoux

Inspiré d'un livre d'images de l'illustrateur André Hellé, La boîte à joujoux est un ballet pour enfants écrit en 1913 par Claude Debussy (1862-1918) dans une version pour piano. Le compositeur avait déjà dédié Children's corner à sa fille "Chouchou". Il n'a pas eu le temps de finir l'orchestration de cette nouvelle oeuvre : c'est son collègue et ami, André Caplet, qui l'acheva.

 Première édition. Paris: Durand et Cie., 1913

La musique fait penser à une musique de dessin animé. Elle est organisée en courtes séquences illustratives très contrastées, parsemée de références à des airs populaires (Il pleut bergère, Polichinelle, Dodo, l'enfant do...). Ainsi colorée, la partition associe à chaque personnage une atmosphère particulière : elle rehausse le caractère espiègle et méchant de Polichinelle, dessine avec grâce à la clarinette la valse de la poupée Chouchou, mime au contrebasson les pas lourds du maire et enfin laisse à la harpe, si chère à Debussy, une place centrale.

Version pour piano (Christian Ivaldi) et récitant (François Castang)

Dans une version remaniée par Rascal, illustrée par Régis Lejonc, racontée par Nathalie Dessay et jouée par l'ensemble Agora, La boîte à joujoux éditée chez Didier jeunesse est un conte musical que vous trouverez dans le nouvel espace enfants de la Bibliothèque musicale.

Disponibilité


Fabienne

mardi 2 juillet 2013

Achille Scotti, un pianiste hors du commun


Achille le non-voyant
Parmi les musiciens du Groupe Instrumental Romand, un musicien atypique : Achille Scotti, pianiste et organiste, aveugle dès l’âge de un an.

Achille Scotti n’a jamais voulu de canne blanche. Il voulait vivre comme tout le monde, se contentant du bras de sa femme, d’un de ses enfants ou d’un ami pour traverser la rue. Dès son enfance il repousse les limites que lui impose son handicap en faisant du vélo, du tir, en grimpant aux arbres… Il a même conduit une voiture qui a fini sa course contre un arbre !

Un homme cultivé au caractère fort doté d’un grand sens de l’humour qui faisait de lui un personnage haut en couleur. Une grande maîtrise de son art malgré sa cécité rendait l’homme particulièrement impressionnant.



Achille le musicien
Né en 1925 sur les bords du lac de Côme, Achille Scotti fait ses études musicales au Conservatoire de Milan où il obtient une virtuosité de piano et d’orgue.

Il débute sa carrière en 1945 en jouant dans de nombreux établissements d’abord en Italie puis, dès 1946, en Suisse en duo de pianos. Il est appelé à collaborer de plus en plus souvent avec la Radio Suisse Romande, notamment pour l’émission "Lundi soir" dans laquelle il joue la chanson demandée par les auditeurs en l’arrangeant instantanément à la façon de Chopin, Bach, Eroll Garner, etc.

En 1950, il est engagé comme pianiste et arrangeur par le Service de la musique légère de Radio-Genève et joue dans le GIR dès sa création. Il a également collaboré avec la Radio Télévision Italienne.

Sa présence quasi permanente dans les nombreuses productions radiophoniques durant les années 50-60 le font connaître de chaque famille écoutant le poste de radio en Suisse romande.

En parallèle de son activité au GIR, Achille Scotti continue à exercer son métier de musicien en se produisant en trio jazz pour des mariages et des soirées privées les fins de semaine.

Il participe comme soliste à de multiples concerts et galas en Allemagne ainsi qu’au Danemark. En tant que "pianiste en titre" de la Radio Télévision Suisse Romande il accompagne les nombreuses vedettes de la chanson qui passent dans les studios (Gilbert Bécaud, Joséphine Baker, Catherine Sauvage, Esther Ofarim, Marcel Amont, etc.).

En 1964, il obtient le 1er prix de musique légère pour son œuvre "En passant" décerné par la Communauté radiophonique des programmes de langue française. Dans le cadre des concours de l'Union Européenne de Radiodiffusion, il remporte, en 1981, le 1er prix à Oslo dans la catégorie œuvres nouvelles pour harmonies et fanfares avec "En avant Boum-Boum" puis, en 1985, le 1er prix à Manchester dans la catégorie œuvres libres avec "Taratata".

La légende raconte que, repéré dans les studios de la RAI à Rome, Scotti est engagé par un agent américain pour écrire les arrangements musicaux du prochain disque de Frank Sinatra. Il reste surtout de lui un disque remarquable, dans le grand art du trio jazz, "Somebody loves me" sorti en 1958 aux Etats-Unis chez RCA.

Dans les dernières années de sa vie, Achille Scotti enregistre un disque de duos de pianos ("Alternance") avec Moncef Genoud, également pianiste aveugle qui fut son élève, ainsi qu'un disque d’orgue avec le flûtiste Ilan Horowitz ("Symbiosis").

Achille Scotti décède en avril 1988 à l’âge de 63 ans des suites d’une maladie.

Partitions en braille
Qui dit musicien atypique, dit partition inhabituelle. La très grande majorité des matériels d’orchestre du GIR que possède la Bibliothèque musicale contient un document en braille : la partition d’Achille Scotti, toujours accompagnée de son équivalent en "noir".

Speak softly love (le Parrain) / Nino Rota, arr. Stuff Combe : en braille et en noir



Le braille musical utilisé par Scotti est une version simplifiée de la notation "académique" : c’est souvent le nom des accords qui est écrit, avec des indications abrégées pour les reprises. Lorsqu’il y a une mélodie, il suit la notation conventionnelle.

Afin d’écrire ces partitions, son épouse Mylise lui dicte la musique et lui la retranscrit avec une machine en braille. A l’inverse, lorsqu’il compose ou arrange de la musique, il dicte la partition à sa femme. Une réelle collaboration à quatre mains !

Ses connaissances de l’écriture musicale du monde des voyants étaient surprenantes ; il pouvait par exemple, sur simple écoute, dicter la partition de tel ou tel instrument d’un orchestre symphonique instantanément : "Tu écris pour le 2ème violon, clé de sol, un do, 3ème interligne… alors que le violoncelle est en clé d’ut…".

Pour déchiffrer la musique, Achille lit avec la main droite, joue avec la main gauche puis mémorise la partition. Ce qui lui permet de retenir la partition, hormis sa grande mémoire, c’est son analyse musicale.

Des partitions d'Achille Scotti sont exposées à la Bibliothèque musicale dans le cadre de l'exposition "Mémoire de Radio-Genève : la musique légère sur les ondes". La musicographie braille y est expliquée.

Fabienne

mardi 25 juin 2013

Le fonds GIR


En 2010, la Bibliothèque musicale a reçu le fonds de plus de 3'000 partitions manuscrites du Groupe Instrumental Romand, cédé par la Radio Suisse Romande. En 1994, la bibliothèque avait déjà acquis en dépôt quelque 4'000 matériels d’orchestre de musique essentiellement classique provenant entre autres des activités de l’Orchestre de la Suisse Romande pour Radio-Genève, ainsi que des partitions de musique de salon ou de musique légère de l’orchestre « Tony Bell », fondé par Louis Rey et Dolf Zinstag (pseudonyme de Claude Yvoire), ayant animé les émissions radiophoniques dans les années 1940-1960, avant le GIR.

 Ronde des petits nains / 
Emile Jaques-Dalcroze, arr. Stuff Combe


Contenu
Le fonds est constitué de matériels d’orchestre pour ensemble instrumental (flûtes, clarinettes, saxophones, trompettes, trombones, guitare, basse, piano, batterie, voix etc.) contenant la partition complète manuscrite et les parties séparées destinées aux musiciens. Ils ont la particularité de contenir la partition en braille du pianiste Achille Scotti, musicien aveugle. Les partitions sont pour la plupart dans un très bon état. Malheureusement, quelques-unes ont souffert de l’eau suite à un incendie dans les combles de Radio-Genève…

Il s’agit de musique légère de divertissement (musique pop, airs à succès, danse…), de jazz, voire même de musique expérimentale. La majeure partie des morceaux est composée et arrangée par les musiciens du GIR, souvent engagés à cette fin pour compléter leur cachet d’instrumentistes. Le choix des arrangements et compositions se fait en fonction de la demande des programmateurs, des artistes invités, mais aussi selon les goûts et aspirations des musiciens : Joe Stupin a un style plus populaire, Luc Hoffmann – fan de Boulez – plus contemporain, Tony D’Adario est éclectique, etc.

Conservation
Le fonds était conservé à la Maison de la radio à Genève, là où il a été produit. Il a fait le voyage à Lausanne lorsque la production radiophonique s’y est déplacée, pour revenir ensuite en 2010 à Genève à la Bibliothèque musicale. Il est actuellement rangé dans des compactus au dépôt du Seujet, local de conservation externe de la Bibliothèque de Genève.

Inventaire
La bibliothèque de Radio-Genève avait répertorié cette collection sur des fiches, avec un accès par titre ou par compositeur. Lors de son acquisition, la Bibliothèque musicale en a fait un nouvel inventaire dans un fichier Excel afin de le rendre accessible à ses lecteurs, via une liste papier ou directement dans le catalogue en ligne RERO. Le fonds porte la cote BMU XA 13.

Les partitions sont mises à disposition du public et consultables à la bibliothèque. Un délai est nécessaire afin de les faire venir depuis leur dépôt.


Valse minute / F. Chopin, arr. J.-P. Dupuis
Quelques chiffres
3’139 matériels, représentant 19 mètres linéaires
Principales compositions et arrangements :
749 de Stuff Combe
326 de Francy Boland
299 de Jean-Pierre Dupuis
255 de Joe Stupin
254 de Luc Hoffmann
253 de Tony D’Adario
204 de Roby Seidel
116 d’Achille Scotti

Une exposition sur la musique légère à Radio-Genève et plus particulièrement sur le GIR a lieu en ce moment et jusqu'au 12 juillet à la Bibliothèque musicale.

Fabienne

mardi 18 juin 2013

Fête de la musique : le programme !

Comme chaque année, la Bibliothèque musicale propose lors de la Fête de la musique une série d'animations autour d'une thématique. Pour le week-end du 22 et 23 juin, c'est en parallèle à l'exposition "Mémoire de Radio-Genève : la musique légère sur les ondes" que vont avoir lieu trois concerts et une visite commentée de l'exposition. Un salon d'écoute, proposant des enregistrements d'archives radio et tv, agrémentera ces deux jours festifs.





Samedi 22 juin 2013

15h-20h Exposition et salon d’écoute

16h Geneva jazz connection (Janis Irbe, piano ; Adriano Bassanini, trompette)
Duo piano, trompette, deux voix. Répertoire autour de l’héritage de Louis Armstrong et ''happy jazz''.

17h Jean-Yves Poupin, piano
Jean-Yves Poupin présente ses dernières compositions, issues des albums BREVES et RYTHM' N DREAM, avec une grande part d'improvisation.

19h Luca Del Notaro (piano) & Julien Saugy (guitare)
De la création jazz à Genève !

Dimanche 23 juin 2013

11h-16h Exposition et salon d’écoute

14h Visite commentée de l’exposition


A bientôt à la Bibliothèque musicale !

Fabienne






jeudi 13 juin 2013

Le Groupe Instrumental Romand

C’est le 2 août 1961 que le Groupe Instrumental Romand est fondé par la Radio Suisse Romande. Il porte alors le nom d’Ensemble de Musique Légère (EML) et est rattaché au Service des variétés et de la musique légère, dirigé par Louis Rey, époux de Vera Florence, journaliste et présentatrice culturelle à Radio-Genève. Comptant à ses débuts huit musiciens (trois rythmes et cinq souffleurs), le GIR voit son effectif augmenter jusqu’à onze musiciens professionnels permanents et polyvalents de réputation internationale. Régulièrement, il joue avec des invités solistes ou des renforts. Les co-leaders du groupe sont Stuff Combe (batterie) et Luc Hoffmann (bois). Roger Volet, responsable des programmes de musique folklorique et populaire, devient le gérant du GIR dès les années septante.

Festival de musique légère, Szekesfehervar (Hongrie), 1971

Le GIR est créé pour les activités de Radio-Genève : il fait face aux besoins particuliers de la radio, mais aussi de la télévision en matière de musique de divertissement. En plus de son travail d’enregistrement en studio, l’orchestre représente, dès les premières années, la RSR tant en Suisse dans des émissions de radio ou de télévision et divers concerts, qu’à l’étranger lors de festivals ou manifestations radiophoniques.

Le GIR inscrit à son répertoire des airs allant de la musique de variété à un certain aspect de la musique expérimentale : une large palette d’enregistrements de morceaux à succès, de musique légère et de danse, de jazz, de chansons, d’accompagnement de solistes et d’artistes, et de créations d’œuvres de compositeurs et auteurs suisses. Les musiciens du groupe composent et arrangent la plupart des morceaux.

Dans un mouvement général des radios ne pouvant plus assumer le coût d’un orchestre permanent, les activités du GIR cessent en 1985 mais laissent derrière elles des milliers d’enregistrements et de partitions.

Différentes étiquettes
L’Ensemble de Musique Légère, devenu le GIR, a connu plusieurs appellations, selon le nombre de musiciens, le style de musique…

Les Radionautes
Le Jazz Group
Le Groupe des Dix
Le Stuff Combe Special Sound
L’Orchestre Tony D’Adario
Le Trio Géo Voumard
L’Orchestre Georges Chorafas
L’Ensemble Saxophonia
L’Orchestre Achille Scotti
L’Ensemble Luc Hoffmann

Il semble que ce soit sous la direction de Roger Volet que l’appellation GIR a été adoptée.

Stuff Combe et le GIR, cop. Diapress, Lausanne


Pourquoi le nom de GIR ?
A Lausanne, il y avait l’ERIC (Ensemble Romand d’Instruments de Cuivre). Vu la concurrence entre Radio-Genève et Lausanne, Roger Aubert, alors directeur de Radio-Genève, connu aussi comme pianiste, a souhaité trouver également une abréviation pour l’ensemble de musique légère genevois. En jonglant avec les lettres, il s’est arrêté sur le GIR, Groupe Instrumental Romand. Ce devait être en 1972.

Une exposition sur la musique légère à Radio-Genève et plus particulièrement sur le GIR a lieu en ce moment et jusqu'au 12 juillet à la Bibliothèque musicale.

Disponibilité

Fabienne

mardi 21 mai 2013

Mémoire de Radio-Genève: la musique légère sur les ondes

Au début des années 1960, la Radio Suisse Romande fonde un orchestre de musique légère pour ses activités au studio de Genève. Sous différents noms tels que Les Radionautes, Jazz-Group, Orchestre Tony D’Adario ou Groupe Instrumental Romand (GIR), cet ensemble fait face aux besoins de la radio et de la télévision en matière de musique de divertissement. A son répertoire une large palette d’airs à succès, de musique légère et de danse, de jazz, de chansons et de créations d’œuvres suisses. Stuff Combe, Luc Hoffmann, Roby Seidel et les autres musiciens du groupe composent et arrangent les morceaux. Leurs activités cessent en 1985, mais laissent derrière elles des milliers d’enregistrements et de partitions manuscrites. Ces dernières, cédées en 2010 à la Bibliothèque musicale, sont présentées dans l’exposition Mémoire de Radio-Genève: la musique légère sur les ondes, avec quelques notes de musique en braille du pianiste aveugle Achille Scotti et des enregistrements d’archives.

 

Exposition du 21 mai au 12 juillet 2013


Visite commentée le dimanche 23 juin à 14h

Concerts et salon d’écoute
les samedi 22 et dimanche 23 juin







Avec le soutien de la FONSART et de l’ABA



Fabienne

jeudi 25 avril 2013

Si lointaine, sa voix

cop. Jean-Rémy Berthoud (Ed. Papillon)

Depuis la disparition d'Eric Gaudibert en juin dernier, des hommages se succèdent, permettant de retrouver le compositeur genevois à travers sa musique et ses témoignages. L'émission Musique d'avenir d'Espace2 (diffusée le 8 juillet dernier) permet à l'auditeur de confronter musique et commentaires, comme pour la pièce composée pour l'alto d'Anna Spina A... in wonderland.

C'est à présent au tour de la Haute Ecole de Musique de Genève de lui dédier son prochain concert dimanche 28 avril, avec l'Ensemble contemporain conduit par Jean-Jacques Balet. L'Ensemble Polhymnia se joindra à eux*.

Cet ensemble composé de voix de femmes est un interprète privilégié d'Eric Gaudibert et commanditaire de Si lointaine, sa voix, pièce pour choeur de femmes, flûte à bec et orgue, viole de gambe, orgue et composée sur des poèmes de François Debluë (tiré du recueil De la mort prochaine). Elle comprend trois parties : D'un visage endormi, Petit testament et D'une étoile noire. Eric Gaudibert explique sa démarche par rapport au projet de Polhymnia:

Cette nouvelle création commandée par le chœur Polhymnia représente un défi passionnant à relever : celui d'être placé en regard du grand compositeur de la fin du dix-septième siècle français, Marc-Antoine Charpentier.
Il y a un certain nombre d'années, une telle proposition ne m'aurait guère intéressé, car toute mon attention était concentrée sur la recherche d'un langage personnel. Aujourd'hui il m'est tout à fait possible d'intégrer dans une pensée actuelle un langage tonal ou modal et de le façonner selon mon idéal.

Le poète François Debluë témoigne avec finesse de l'approche du compositeur:

Plus récemment enfin (en 2011), pour répondre à une proposition du Choeur
Polhymnia et de son chef, Frank Marcon, Eric Gaudibert a recours à des pages
d’un de mes derniers livres, De la mort prochaine. Faut-il y voir, après coup,
quelque secrète intuition ? Ce qui est probable, c’est que la conscience de la
finitude lui était depuis longtemps familière. L’oeuvre prendra le titre de Si
lointaine, sa voix. 


Enfin, parmi les élèves d'Eric Gaudibert, Xavier Dayer témoignait à propos de Gong pour piano concertant et ensemble, créé en mars 2012 au Festival Archipel (Le Temps, 30 juin 2012):
  
J'y ai entendu une dimension tragique, comme une prémonition. Il y avait là comme une synthèse de son parcours de vie. Au-delà de la tristesse de son départ, j'ai l'impression qu'il était allé au bout de son cheminement musical, et qu'il a pu dire au revoir avec hauteur.

* Un second concert aura lieu au Temple de Versoix le 5 mai à 17h.
Les deux premières citations sont issues du site de l'Ensemble Polhymnia.


Muriel